Article présenté par:
Margot Loiselle-Léonard, t.s.
Étudiante au doctorat conjoint en service social
Université de Montréal et Université McGill
Et
Monica Karal, t.s., b.s.s., M.A.
Étudiante à la maîtrise en service social
Université McGill
Les
organisateurs de la première conférence canadienne sur
« La diversité spirituelle et le travail social »,
tenue le 25 mai 2002 à l'Université de Toronto, dans le
cadre du Congrès annuel de l'Association canadienne des
écoles de service social, attendaient une quarantaine de
participants. Mais 90 professionnels du travail social provenant de
divers coins du pays se sont réunis dans ce cadre officiel, afin
de discuter des responsabilités et dilemmes éthiques que
pose la diversité spirituelle et religieuse en intervention
sociale.
Selon Statistique Canada(*), 70% de l'immigration au cours de la
dernière décennie du 20e siècle et jusqu'à
ce jour provient de régions du monde où les cultures, les
religions et les visions du monde sont fort diversifiées et
éloignées de celles de l'Occident. En effet, les
ressortissants d'Asie et du Pacifique se sont maintenus au-dessus de la
barre du 50% de tous les nouveaux venus au Canada au cours des
années 90, suivis des immigrants en provenance d'Afrique et du
Moyen-Orient qui comptent pour environ 20% de cette immigration. Au
cours de la seule année 2001, 132,711 et 48,076 personnes de ces
régions ont respectivement immigré au Canada, sur un
nombre total de 250,346 (CIC, 2001). Les statistiques
québécoises montrent un portrait similaire quoiqu'avec
une immigration plus importante en provenance des régions
francophones dont la France, le Maghreb, le Liban et Haïti.
Quarante-cinq pourcent de l'immigration vers le Québec provient
toutefois d'Asie (Institut de la statistique, 2000).
Par ailleurs, une recherche du Conseil du statut de la femme du
Québec révèle qu'outre la diversité
religieuse issue des vagues d'immigration récentes par
lesquelles « le bouddhisme, l'hindouisme, l'islam et d'autres
religions venues d'ailleurs font désormais partie du paysage
religieux du Québec » (Moisan, 1997:3), environ 1 000
nouvelles religions ou ‘sectes‘ ont émergé sur la
scène québécoise (Moisan, 1997).
Un invité spécial à la conférence, le Dr.
Edward R. Canda, directeur du programme de doctorat au
département de travail social à l'Université du
Kansas et pionnier dans le domaine de la spiritualité dans le
travail social, a prononcé le discours d'ouverture et les mots
de clôture. Pour le Dr. Canda, la définition du concept de
spiritualité dépasse largement le cadre de la religion.
Il s'agit pour lui de « la quête de sens et la recherche de
relations satisfaisantes entre les êtres humains, l'environnement
non-humain et, pour certains, Dieu » (Canda, 1988 :243 – notre
traduction). Selon Zapf (2002), animateur d'un atelier lors de la
conférence, un grand nombre d'auteurs adhèrent à
cette définition de base. Canda (1990) explique que la
spiritualité peut s'exprimer à l'intérieur ou
à l'extérieur du contexte d'une institution religieuse
formelle. Dans son livre Spiritual Diversity in Social Work Practice,
Canda (1999) clarifie les principes éthiques qui dirigent son
approche qu'il qualifie de « transemic » (1999 :39). Il
explique les défis éthiques auxquels les intervenants
font face, et présente des modes d'intervention qu'il
considère appropriés dans le cadre d'une relation d'aide
sensible aux besoins spirituels des clients.
Lorsqu'en 1986 le Dr. Canda déposait sa thèse de doctorat
portant sur la spiritualité dans le travail social, on lui
disait qu'il aurait peu de chance d'être écouté et
publié dans ce domaine. Depuis lors, il a contribué
à ce domaine, à titre d'auteur ou de co-auteur, une
cinquantiane d'articles, douze chapîtres de livres et trois
livres, un quatrième étant présentement sous
presse. Il a également fondé la « Society for
Spirituality and Social Work » aux États Unis dont il est
l'éditeur du bulletin d'information. De plus, en collaboration
avec trois autres auteurs, il a compilé une bibliographie
annotée de 42 pages sur la diversité spirituelle et le
travail social publiée en 1999 par « The Council on Social
Work Education » américain (Canda, Nakashima, Burgess
& Russel, 1999). Il écrit, également en 1999, que le
thème de la spiritualité constitue à l'heure
actuelle l'un des secteurs les plus prolifiques dans l'industrie de
l'édition (Canda & Furman, 1999).
Pour sa part, l'Ordre professionnel des travailleurs sociaux du
Québec identifie l'aspect spirituel de l'être parmi les
besoins psychosociaux de la clientèle, ces besoins étant
« fondamentaux pour le bien-être, la sécurité
et le développement de la personne humaine» (OPTSQ, 2002
:2). L'Ordre explique que les travailleurs sociaux visent à
rétablir et/ou à améliorer le fonctionnement
social des personnes selon leurs « aspirations individuelles ou
celles de [leur] collectivité » (2002 :4).
La conférence du 25 mai dernier avait pour but de commencer
à comprendre les implications de la diversité spirituelle
pour l'intervention et la formation des futurs travailleurs sociaux. La
conférence a été marquée de séances
plénières, de sept ateliers, de dix-huit
présentations, d'une table-ronde, et d'une discussion sur la
création d'un forum ou réseau canadien pour le dialogue,
la recherche et le partage d'information sur la spiritualité
dans le travail social. Au total, 38 personnes y ont fait des
présentations, dont une étudiante au doctorat en service
social de l'Université de Montréal, une étudiante
au doctorat de l'Université McGill, et une finissante du
programme de maîtrise en service social de l'Université
McGill. Lors de la discussion, fort animée, sur le forum ou
réseau proposé, les organisateurs de la journée
ont recueilli plusieurs suggestions pour la mise sur pied de ce forum
ou réseau, et pour la prochaine conférence sur la
spiritualité dans le travail social qui aura lieu en juin 2003
à Halifax en Nouvelle-Écosse, dans le cadre du
Congrès annuel de l'Association canadienne des écoles de
service social.
Cette
année, la conférence portait sur des sujets aussi
variés que :
· la préparation du soi et l'acquisition des
compétences nécessaires pour répondre
adéquatement aux besoins des clientèles d'orientations
religieuses et spirituelles diverses
· la spiritualité autochtone
· la pratique sociale écologique
· la dimension spirituelle de la personne dans son environnement
· la spiritualité dans le cadre d'une pratique
anti-oppressive
· certaines approches et méthodes orientales de travail
social
· la spiritualité et la justice sociale
· le facteur « foi » dans les politiques sociales,
et
· le rôle de la spiritualité dans le service
auprès des personnes atteintes du VIH/SIDA et de leurs familles.
Au terme de cette conférence il est devenu clair pour les
participants que ce terrain est vaste et complexe, que les recherches
doivent être multipliées, que nombre d'hypothèses
doivent être confirmées ou infirmées, et que de
nombreuses questions doivent être élucidées.
En guise de conclusion à ce bref compte-rendu, notons qu'un
palpable sens de responsabilité envers l'être humain et
l'humanité dans son ensemble, couplé d'un
intérêt marqué chez les participants pour une
intervention tenant compte de la personne entière dans son
environnement, témoignaient de l'importance placée
à cette conférence sur les dilemmes éthiques que
pose la diversité spirituelle pour notre profession. Mentionnons
également qu'un questionnement émergeant de cette
conférence et porteur de nouvelles pistes de réflexion et
d'action, justifie la tenue de rencontres futures sur ce thème.
Un nouveau réseau de chercheurs canadiens a donc
été mis sur pied, et l'Association canadienne pour la
spiritualité et le travail social lance un appel à un
second rendez-vous qui aura lieu les 4 et 5 juin 2003 à Halifax
en Nouvelle-Écosse. Pour ceux et celles qui désirent
participer à cette deuxième conférence ou proposer
une présentation, voici l'adresse du site internet de
l'Association (« Canadian Association for Spirituality and Social
Work ») : www.stu.ca/academic/scwk/cass/index.htm
Un autre événement prochain témoigne de
l'intérêt des professionnels de la santé mentale
pour ce sujet d'actualité. Il s'agit de la première
Conférence internationale sur la spiritualité et la
santé mentale, qui se tiendra à Ottawa les 2 et 3
décembre 2002. Issue d'une collaboration entre le
Départment de psychiatrie de l'Université d'Ottawa et le
Conseil multiconfessionnel ontarien des services spirituels et
religieux, cette conférence permettra aux participants de
considérer la relation entre la spiritualité et la
santé mentale, l'évidence clinique de l'impact des
pratiques spirituelles sur la santé mentale, et le rôle
que pourra jouer la spiritualité dans les interventions
cliniques. Le site web à consulter pour cette conférence
est le www.omc.on.ca.
(*) Malheureusement, les statistiques issues du recensement de 2001 sur
la diversité religieuse au Canada ne seront disponibles que le
13 mai 2003. D'ici là, les seuls renseignements disponibles
proviennent du recensement de 1991. (Réf. : un courriel en
réponse à notre demande adressée à
Statistique Canada, en date du 27 août 2002.)
Par Margot Loiselle-Léonard et Monica
KaralRÉFÉRENCES
Canda,
E. R. (1988). « Spirituality, diversity and social work practice
». Social Casework, 69(4) p. 238-247.
Canda,
E. R. (1990). Spiritual Diversity and Social Work Values. In J. J.
Kattakayam, (éd.), Contemporary Social Issues. Karyavattom,
Trivandrum, India: Prof. P.K.B. Nayar Farewell Committee.
Canda,
E. R., & Furman, L. D. (1999). Spiritual Diversity in Social Work
Practice : The Heart of Helping, New York: The Free Press. 363 pages.
Canda,
E. R., Nakashima, M., Burgess, V., et Russel, R. (1999). Spiritual
Diversity and Social Work : A Comprehensive Bibliography with
Annotations, Alexandria, VA: the Council on Social Work Education, Inc.
42 pages.
CIC
(Citoyenneté et Immigration Canada). (2002). Faits et Chiffres
2001: Aperçu de l'immigration, Ottawa, Ministre des Travaux
publics et Services gouvernementaux Canada. 113 pages.
Institut
de la Statistique du Québec. (2000). Immigrants selon le pays de
naissance (page web) URL (pages consulteés en octobre 2001).
Moisan,
M. (1997). Diversité culturelle et religieuse : recherche sur
les enjeux pour les femmes (cahier synthèse), Québec,
Conseil du statut de la femme. Rapport complet, 55 pages, feuillet
synthèse, 8 pages.
Ordre
professionnel des travailleurs sociaux du Québec. (2002).
Définition des activités professionnelles des
travailleurs sociaux, Montréal, OPTSQ. Dépliant, 6 pages.
Zapf, M.
K. (May 25, 2002). "The Spiritual Dimension of Person and Environment:
Perspectives from Social Work and Traditional Knowledge", Toronto:
paper presented at the First Canadian Conference on Spirituality and
Social Work.